Rosa Bonheur

Convertir un héritage 
en désir d’habiter

Au cœur du Grand Paris, le Fort d’Aubervilliers est une réserve de silence, de pierre et de végétation, un site rare, préservé par son histoire, aujourd’hui rendu à la ville.

 

Ses casemates, ses voûtes, son enceinte plantée composent un cadre dont peu d’opérations résidentielles peuvent se prévaloir. Rosa Bonheur y installe du logement : non pas devant ce patrimoine, mais avec lui. L’enjeu est celui de tous les lieux exceptionnels : que le site parle à la place du projet, et que l’on oublie de dire comment on y vit.

Notre intervention a consisté à faire du fort le sol commun du projet, et non son décor. Nous avons construit un dispositif en trois registres, qui répondent à trois échelles de lecture, celle du site, celle du quartier, celle du seuil.

Le film suit une famille le jour de son emménagement. Les cartons, la clé, la première traversée du parc, les enfants qui découvrent les arcades avant même d’avoir vu leur chambre. Une journée ordinaire, mais la première : celle où un lieu devient le vôtre. Les images, elles, travaillent les usages du dehors, les casemates réinvesties, les terrasses sous les voûtes, le chemin pavé à l’heure où le quartier se remplit, les tables installées le long des arches. Ce qui se passe entre les bâtiments compte autant que ce qui s’y construit.

Les vues intérieures ferment la séquence sur l’échelle la plus intime. La lumière qui entre par les loggias, la matière du bois et de la pierre, le fort que l’on aperçoit depuis son salon un dimanche matin. Trois registres, une seule intention : montrer que l’on habite un endroit avant d’habiter un logement.

« Le lieu avait déja une histoire.

Restait à lui donner un présent »

Le projet ne présente plus des logements dans un site remarquable. Il raconte un déplacement, celui d’un lieu qui change de main et de nature. La casemate n’est plus un vestige, elle est un lieu de rendez-vous. Le mur d’enceinte n’est plus une limite, il est une adresse. La commercialisation ne vendait pas une surface : elle proposait d’arriver quelque part.